12.12.2007

Réponse à Pascal Décaillet

Réponse à M. Pascal Décaillet.

Votre réaction, cher M. Décaillet, est surprenante. Elle semble refléter une sorte d'amertume que l'on pourrait aisément comprendre si vous étiez un blochérien déclaré. Venant d'un professionnel de l'information dont l'indépendance d'esprit et le talent viennent d'être couronnés par sa désignation comme "journaliste romand de l'année", cette amertume ne manque pas de surprendre. Car, enfin, c'est bien un parlement démocratiquement élu qui vient de renouveler le Conseil fédéral, conformément à la Constitution de notre pays! Où réside le complot dont vous parlez? Le PDC n'a pas fait mystère de son refus de cautionner la candidature de C. Blocher, et ce, depuis de nombreuses semaines. Tout comme l'ont fait savoir, d'ailleurs, de nombreux radicaux et libéraux, indisposés par les dérives blochériennes. Aucun parti n'a, du reste, remis en cause le système de concordance. Si complot il y a, c'est du côté du seul parti qui n'a jamais cessé d'en saper les fondements: rupture de la collégialité du Conseil fédéral, chantage à l'élection du Conseil fédéral au suffrage universel, menaces de passer à l'opposition si Blocher n'était pas réélu, critique des lois suisses à l'étranger, en passant par les moqueries incessantes vis à vis de Samuel Schmid traité de demi conseiller fédéral. La liste est longue des atteintes aux institutions et à l'image du pays, de la part d'un homme dont on peut se demander, au fonds, si son éjection du gouvernement fédéral n'est pas son plus grand succès.

Avec deux sièges au Conseil fédéral et une liberté de ton retrouvée (si tant est qu'il l'ai jamais perdue), l'UDC pourra, en effet, continuer à s'adonner à son sport favori: un pied dans le gouvernement et un pied dans l'opposition. Ce parti tire sa force de ce double jeu, qui lui permet tout à la fois de séduire une clientèle en quête des postes innombrables qu'offre son statut de parti gouvernemental, tout en élargissant sans cesse son audience parmi les déçus du système, grâce à un discours populiste et d'opposition.

En élisant deux UDC plus présentables, on ne conjure pas ce danger là, je vous le concède, mais on repousse la balle dans le camp du parti de l'extrême droite, tout en permettant au gouvernement fédéral de travailler dans une ambiance plus sereine. Quant au souverain, puisque vous l'évoquez, eh bien, qu'il assume ses choix jusqu'au bout. Pour l'instant, il n'a fait de l'UDC qu'un parti minoritaire, qui ne représente que 30% de l'électorat, contre 70% qui pensent autrement. C'est, peut-être là, la grande leçon à retenir de ce 12 décembre 2007.

Ali Benouari