22.05.2008
Liberté de conscience "Urbi et Orbi"
Le quotidien algérien El Watan d’aujourd’hui rapporte, dans son édition du 22 mai 2008, que le tribunal correctionnel près la cour de justice de Tiaret a statué, hier, dans une affaire relative à la liberté de culte qui s’est soldée par un réquisitoire de trois ans de prison prononcé par le représentant du ministère public. L’accusée, une jeune femme de 36 ans, a été arrêtée le 29 mars dernier à un barrage dressé par les éléments de la Gendarmerie nationale.
Cet évènement, qui fait la « Une » de ce quotidien, provoque la colère et l’indignation de son éditorialiste sous le titre : « inquiétantes dérives ». Qu’on en juge :
« Avec une étrange fébrilité, les autorités algériennes sombrent dans une intolérance inimaginable il y a une année et qui balise le terrain aux forces obscurantistes les plus rétrogrades. En effet, depuis plusieurs mois s’est ouverte une chasse aux Algériens qui se sont convertis au christianisme. Voilà que détenir les Evangiles est devenu un délit passible des tribunaux. Une chrétienne algérienne vient d’être traînée devant un tribunal à Tiaret et le juge lui a demandé froidement de choisir entre la prison et la mosquée. Du jamais vu depuis l’accession du pays à l’indépendance (...) C’est une grave atteinte à la liberté de conscience et une détestable violation de la Constitution, laquelle garantit le libre exercice du culte (…). Le peuple algérien est connu pour sa tolérance et pour son respect pour toutes les religions. Il a protégé par exemple les juifs quand, durant la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy les pourchassait. Cette folie antichrétienne vise incontestablement à introduire le wahhabisme au cœur de la société algérienne. L’Islam est en train de se répandre en Europe et aux Amériques mais, à ce qu’on sache, les autorités de ces contrées n’ont manifesté aucune inquiétude. Et nous avons tendance à oublier que nous crions au racisme, lorsque par hasard des réticences sont exprimées dans une quelconque ville occidentale contre la construction d’une mosquée ».
Au moment où l’on s’apprête à voter, en Suisse, sur l’initiative anti-minarets de l’UDC, si justement décriée par toutes les forces progressistes de ce pays, il est bon de rappeler que la liberté de conscience ne saurait être confinée à une zone géographique ou un hémisphère en particulier. Elle fait partie des valeurs universelles, au même titre que les aspirations démocratiques ou la défense des droits humains.
Comment, dès lors, tolérer que ceux qui se réclament de ces valeurs les violent au mépris de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qu’ils ont adoptée et au mépris de leur propre Constitution?
Les pays qui transgressent ces valeurs ne sauraient s’étonner de faire le lit de l’extrémisme religieux chez eux et cautionner, ailleurs, les partis xénophobes et antimusulmans ?
Notre combat pour la laïcité n’est pas, comme on le voit, ni démodé, ni vain, ni déplacé. Il est, au contraire, la meilleure garantie que l’on puisse trouver pour combattre les fanatismes religieux de tous bords et asseoir les règles d’un bon fonctionnement démocratique. Genève l’a compris, qui se prépare, d’ores et déjà, à remettre cette question au cœur du débat, à la faveur de la révision de sa Constitution : une laïcité renouvelée, pour faire face aux défis du XIXème siècle.
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